La 1ère phase du 5ᵉ Recensement national agricole (RNA-5) a permis de recenser 677 692 ménages agricoles à travers tout le pays, avec une concentration marquée en milieu rural. Ce travail a été conduit par le ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement rural. Il vise à doter le pays d’un système d’information statistique fiable, indispensable pour une planification efficace et adaptée aux réalités agricoles togolaises.
Les résultats préliminaires ont été dévoilés la semaine dernière lors de plusieurs ateliers de restitution organisés dans différentes préfectures, notamment dans les Lacs et à Agoé-Nyivé, en présence des autorités locales et des partenaires techniques. Ces chiffres apportent un éclairage inédit sur la structure actuelle du monde agricole togolais, ses forces, mais surtout ses vulnérabilités.
Recensement : Une majorité rurale confrontée à l’insécurité foncière
L’un des constats les plus frappants du recensement concerne l’absence de garantie foncière pour la majorité des exploitants. En effet, 78 % des ménages agricoles ne possèdent aucun document sécurisant leur accès à la terre. Cette insécurité foncière constitue une menace majeure pour la durabilité des activités agricoles, empêchant les agriculteurs d’investir sereinement dans leurs terres ou d’accéder aux financements.
Par ailleurs, 85 % des ménages agricoles vivent en zone rurale, confirmant le poids central de l’agriculture dans les zones éloignées des centres urbains. Mais malgré cette importance, le secteur reste marqué par une extrême précarité.
Des superficies réduites et une mécanisation quasi inexistante
Autre réalité révélée : 57 % des ménages agricoles cultivent des surfaces inférieures ou égales à deux hectares. Cette petite taille des exploitations limite les rendements et rend difficile toute mécanisation efficace. Et justement, la mécanisation reste très faible au Togo : seulement 6,24 % des agriculteurs utilisent un tracteur. La traction animale, bien que plus accessible, ne concerne que 33 % des ménages.
Le reste des exploitants continue de recourir à des méthodes manuelles, longues et éprouvantes, ce qui limite fortement la productivité. Cette situation montre l’urgence de moderniser l’agriculture togolaise, à travers la mise à disposition de moyens mécaniques adaptés et accessibles, notamment pour les petits producteurs.
L’irrigation, encore marginale
Autre aspect préoccupant : l’irrigation reste encore très peu pratiquée, avec seulement 4 % des exploitants agricoles y ayant recours, et ce, principalement de façon manuelle. Une donnée alarmante, surtout dans un contexte de changement climatique où les aléas météorologiques menacent de plus en plus la sécurité alimentaire. L’absence de systèmes d’irrigation modernes rend les cultures dépendantes des saisons, ce qui réduit la capacité du pays à assurer une production stable tout au long de l’année.
Une seconde phase pour approfondir les données
La seconde phase du RNA-5 a débuté le 7 avril 2025. Elle se concentre sur des aspects plus techniques et détaillés comme les cultures vivrières, l’élevage, la pêche et l’arboriculture. Cette étape vise à obtenir une photographie complète et actuelle du secteur agricole, pour mieux orienter les politiques publiques et attirer les investissements privés.
Ces données permettront également d’identifier les besoins spécifiques par zone et de structurer des chaînes de valeur agricoles plus solides, du producteur au consommateur, en passant par la transformation et la commercialisation.
Un outil stratégique pour le développement agricole
Pour le gouvernement togolais, ce recensement est un outil de planification stratégique, aligné sur les objectifs de la feuille de route gouvernementale 2025, notamment en matière de sécurité alimentaire, d’égalité de genre et de résilience face aux changements climatiques.
La démarche vise aussi à réduire la pauvreté rurale, en renforçant les capacités des petits producteurs, souvent oubliés des grandes réformes. Les décideurs espèrent ainsi disposer de bases solides pour construire une agriculture plus moderne, plus équitable et plus compétitive.
Des défis à transformer en opportunités
Les résultats du RNA-5 rappellent à quel point le secteur agricole togolais reste sous-équipé, exposé et peu rentable pour une majorité de ceux qui y travaillent. Pourtant, il représente un levier crucial pour la croissance économique du pays et pour l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD).
Avec des politiques adaptées, un accompagnement technique renforcé et une volonté politique affirmée, les faiblesses révélées par ce recensement pourraient devenir des opportunités de réforme pour relancer l’agriculture togolaise et améliorer les conditions de vie de millions de Togolais.
Le Togo tient entre ses mains une mine de données précieuses. La balle est désormais dans le camp des autorités pour transformer ces chiffres en actions concrètes.