La raffinerie Dangote a rejeté les accusations selon lesquelles une partie du carburant qu’elle produit serait exportée vers le Togo avant d’être réintroduite sur le marché nigérian. Dans un communiqué publié le 23 juin, le groupe a dénoncé des affirmations qu’il juge infondées et incompatibles avec les réalités commerciales du secteur.
L’information a été révélée par « agence ecofin ». Selon l média, la controverse est née à la suite d’un webinaire organisé par la Major Energy Marketers Association of Nigeria (MEMAN). À cette occasion, Matthew Tracey-Cook, analyste chez S&P Global Commodity Insights, a indiqué qu’entre mars et mai 2026, entre 70 % et 80 % du carburant importé par voie maritime au Nigeria provenait de la raffinerie Dangote. Selon lui, ce carburant aurait d’abord été exporté puis acheminé vers Lagos à partir du hub maritime de Lomé.
L’analyste a toutefois précisé que les cargaisons concernées n’étaient plus sous le contrôle de la raffinerie après leur vente. Elles seraient acquises par des négociants ou des distributeurs qui les réintroduiraient ensuite sur le marché nigérian.
Dangote Refinery s’explique
Dangote Refinery réfute toute implication dans un tel mécanisme. L’entreprise estime qu’un transit par le Togo avant une réimportation au Nigeria générerait des coûts supplémentaires compris entre 82 et 90 dollars par tonne, réduisant considérablement l’intérêt économique de l’opération. Le groupe affirme également suivre la traçabilité de ses cargaisons et interdire contractuellement leur revente.
Cette polémique intervient dans un contexte particulier. Depuis plusieurs mois, Aliko Dangote critique ouvertement certaines plateformes de stockage et de transbordement de carburant, notamment à Lomé et à Malte. Fin 2024, l’homme d’affaires nigérian accusait ces centres de favoriser l’entrée sur le marché régional de carburants de qualité inférieure, concurrençant ainsi la production locale.
Le débat reste toutefois alimenté par les écarts de prix observés sur le marché. Selon des données relayées par la MEMAN, le carburant importé coûtait début juin environ 1 117 nairas le litre, contre 1 250 nairas à la sortie de la raffinerie Dangote. Une différence qui, selon plusieurs acteurs du secteur, peut rendre certaines opérations commerciales attractives malgré les coûts logistiques.
Le port de Lomé joue depuis plusieurs années un rôle stratégique dans le commerce pétrolier régional. Il sert notamment de plateforme de transbordement où de grands pétroliers transfèrent leurs cargaisons vers des navires de plus petite capacité destinés aux ports ouest-africains.
Cependant, selon les données de S&P Global Commodity Insights, les importations de carburant en Afrique de l’Ouest ont reculé de 23 % en mai, pour s’établir à 765 000 barils par jour. Une tendance qui pourrait réduire progressivement l’activité de certains hubs régionaux, dont celui de Lomé.
En attendant davantage d’éclaircissements, le débat reste ouvert. Entre les démentis de la raffinerie Dangote et les analyses des acteurs du marché, la question du rôle du hub togolais dans les flux de carburant destinés au Nigeria continue d’alimenter les discussions au sein de l’industrie pétrolière ouest-africaine.