Pendant des années, le parcours semblait presque évident : décrocher le bac, poursuivre à l’université, obtenir une licence, puis un master, voire un doctorat. Plus le niveau d’études était élevé, plus les chances d’obtenir un bon emploi semblaient importantes. Mais aujourd’hui, une question s’impose chez de nombreux jeunes : faire de longues études est-il encore réellement rentable ?
Sur le papier, le diplôme supérieur reste un atout. Mais sur le marché de l’emploi, son rendement dépend de plus en plus du domaine étudié, des compétences acquises et surtout des besoins réels des entreprises.
Le problème n’est donc pas de savoir si les études supérieures « servent à quelque chose ». Elles continuent de jouer un rôle important dans l’accès à l’emploi et dans les niveaux de rémunération. Mais le lien entre niveau d’études et qualité de l’emploi est devenu beaucoup moins automatique.
L’Organisation internationale du Travail (OIT) relève ainsi que, dans les pays à revenus faibles et intermédiaires, les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur bénéficient surtout d’un avantage en matière de qualité de l’emploi, notamment avec une moindre exposition au travail informel et aux emplois faiblement rémunérés. En revanche, cela ne signifie pas qu’ils trouvent nécessairement plus facilement un emploi.
Autrement dit, avoir un master ou un doctorat peut améliorer les perspectives professionnelles, mais ne garantit pas d’être rapidement recruté.
Et c’est précisément là que se trouve le paradoxe : les jeunes sont de plus en plus nombreux à faire des études longues, alors que les emplois qualifiés ne progressent pas toujours au même rythme.
Le Togo face au défi des emplois qualifiés
Au Togo, cette question est particulièrement importante dans un contexte où la population est très jeune. La Banque mondiale estimait que l’économie togolaise devait créer environ un million d’emplois d’ici 2030, simplement pour offrir des opportunités aux nouveaux entrants sur le marché du travail.
Le défi n’est donc pas seulement de former davantage de diplômés. Il faut également créer suffisamment d’emplois capables d’utiliser leurs compétences.
C’est là que le diplôme peut se retrouver confronté à une réalité parfois difficile : un jeune peut passer trois, cinq ou même huit années à l’université et, au terme de son parcours, se retrouver à chercher un emploi qui ne correspond ni à son niveau d’études ni à sa spécialité.
L’OIT parle d’ailleurs de « mismatch », c’est-à-dire d’un décalage entre les qualifications détenues et le travail exercé. À l’échelle des économies en développement, environ deux jeunes travailleurs sur trois occupent un emploi qui correspond mal à leur niveau de qualification.
Alors, faut-il arrêter de faire de longues études ?
Pas forcément. Le véritable enseignement est plutôt le suivant : plus d’études ne signifie pas automatiquement plus de rentabilité.
Un diplôme devient particulièrement intéressant lorsqu’il répond à une demande réelle du marché. Certaines professions nécessitent plusieurs années de formation : médecine, enseignement supérieur, ingénierie, recherche, droit ou encore certaines professions techniques.
Dans ces secteurs, poursuivre ses études peut être indispensable pour exercer le métier souhaité.
Mais pour d’autres parcours, accumuler les diplômes sans développer parallèlement des compétences recherchées peut conduire à une situation paradoxale : être très diplômé et pourtant avoir du mal à décrocher un emploi.
Le diplôme reste donc une porte d’entrée, mais il n’est plus toujours la destination finale.
Les employeurs recherchent de plus en plus des profils capables de faire concrètement quelque chose : maîtriser des outils numériques, communiquer efficacement, analyser des données, vendre, gérer un projet, produire du contenu, parler plusieurs langues ou encore résoudre des problèmes.
C’est également pourquoi les formations courtes, professionnelles et spécialisées peuvent parfois offrir une insertion plus rapide qu’un long parcours universitaire généraliste.
L’enjeu n’est donc plus simplement de se demander : « Jusqu’où dois-je étudier ? »
La question devient plutôt : « Quelles compétences dois-je acquérir pour être employable dans mon domaine ? »
Le diplôme reste rentable… mais sous certaines conditions
Il serait donc faux de conclure que les longues études ne valent plus la peine. Les données internationales montrent toujours un avantage financier associé à l’enseignement supérieur. Dans les pays de l’OCDE, les travailleurs diplômés du supérieur gagnent en moyenne davantage que ceux qui ont seulement terminé le secondaire, avec une prime salariale importante pour les diplômés du supérieur.
Mais ces chiffres ne doivent pas être transposés automatiquement au contexte togolais.
Dans un pays où l’offre d’emplois qualifiés reste limitée, la rentabilité d’un diplôme dépend fortement du secteur, de la qualité de la formation et de la capacité du diplômé à transformer ses connaissances en compétences professionnelles. Faire cinq années d’études supplémentaires uniquement parce que « plus on étudie, mieux on gagne » peut donc être un mauvais calcul.
En revanche, faire cinq années d’études parce qu’elles permettent d’accéder à une profession précise, recherchée et correspondant à son projet professionnel peut être un investissement particulièrement pertinent.
Le véritable débat n’est peut-être donc pas « études longues contre études courtes ». Il serait plutôt question de savoir quelles études permettent réellement de construire une carrière. Pour un jeune qui hésite entre poursuivre encore plusieurs années à l’université ou apprendre rapidement un métier, le bon choix dépendra de son domaine, de ses objectifs, du coût de la formation et surtout des débouchés.
Car aujourd’hui, sur le marché du travail, le nombre de diplômes accumulés ne suffit plus à lui seul à faire la différence. Le diplôme peut ouvrir la porte. Mais ce sont souvent les compétences, l’expérience et la capacité à répondre aux besoins du marché qui permettent de rester dans la pièce.
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