Les États membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), Burkina Faso, Mali et Niger, poursuivent leur intégration. Ils renforcent l’unification de leurs systèmes douaniers. Ce chantier s’inscrit dans une dynamique de souveraineté régionale, tout en maintenant l’ouverture au dialogue avec les autres entités sous-régionales.
La volonté des trois États de bâtir un espace économique intégré s’est concrétisée à travers une série de réunions stratégiques depuis 2024. À Niamey, en juillet, les Directeurs généraux des Douanes de l’AES ont constitué des groupes de travail autour de thèmes clefs : transit, code des douanes, tarifs communs, règles d’origine. L’interconnexion des systèmes douaniers, perçue comme cruciale pour la sécurisation des recettes et l’amélioration de la fluidité commerciale, est devenue une priorité.
Les étapes suivantes, à Lomé en septembre 2024, puis à Ouagadougou en janvier 2025, ont permis d’évaluer les progrès, notamment dans la coopération avec les Douanes togolaises. À Bamako, lors de la réunion de mai 2025, les autorités ont validé un chronogramme visant la finalisation du Code confédéral des douanes et des Tarifs Extérieurs Communs (TEC) entre le 28 et le 31 juillet 2025.
L’AES et ses recommandations
Sur 16 recommandations issues de Lomé, 7 ont été réalisées, 6 sont en cours d’exécution, et 3 restent à engager. Les discussions ont également porté sur la professionnalisation du métier de Commissionnaire en douanes et l’établissement d’un régime de transit propre à l’AES.
Le 22 mai 2025, les ministres des Affaires étrangères de l’AES ont rencontré à Bamako le Président de la Commission de la CEDEAO pour une première session de consultations formelles. L’objectif : organiser les futures négociations, malgré le retrait acté de l’AES.
Les deux parties ont exprimé leur volonté de préserver certains acquis de l’intégration régionale, notamment la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux. Le volet sécuritaire, au cœur de la rupture entre les États du Sahel et la CEDEAO, a fait l’objet d’un consensus sur la nécessité de coopération face à la menace terroriste.
Comme le souligne le Dr Abdoul Sogodogo dans son étude « AES, Défis et Perspectives », publiée en septembre 2024, « le retrait de la CEDEAO ne doit pas être perçu comme un obstacle aux partenariats stratégiques sous-régionaux ». Il rappelle par ailleurs que la coexistence de plusieurs organisations régionales n’est pas une nouveauté en Afrique de l’Ouest, à l’image de l’UEMOA et de la CEDEAO.
Bien que sortis de la CEDEAO, les États de l’AES restent membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Dans son rapport 2024, cette dernière met en avant les efforts d’union douanière, avec l’élaboration d’un avant-projet sur les procédures de dédouanement simplifiées et la reconnaissance communautaire de 111 produits d’origine.
Toutefois, la Commission de l’UEMOA reconnaît que la mise en œuvre reste incomplète, malgré les campagnes de plaidoyer et de renforcement des capacités engagées le long des corridors commerciaux.
Sur le plan budgétaire, l’AES a mis en place, depuis mars 2025, un Prélèvement Communautaire (PC-AES) de 0,5% sur les importations en provenance de pays tiers non membres de l’AES, à l’exception des États de l’UEMOA, de l’aide humanitaire et des biens diplomatiques.
Le 23 mai 2025 marque une nouvelle étape dans la construction institutionnelle de l’AES, avec l’adoption par les ministres des Finances des statuts fondateurs de la Banque Confédérale pour l’Investissement et le Développement (BCID). Dotée d’un capital initial de 500 milliards de francs CFA, cette institution a pour vocation de financer les grands projets d’infrastructure, d’énergie, d’éducation, d’industrialisation et d’agriculture.
Cette banque vise à réduire la dépendance financière extérieure et à dynamiser les économies locales. Elle devra répondre à de nombreux défis, notamment en matière de création d’emplois pour les jeunes, de soutien à l’entrepreneuriat, et de modernisation des infrastructures.
Avec une production économique représentant environ 6,9% du PIB de la CEDEAO et 28,4% de celui de l’UEMOA, l’AES reste modeste en termes de poids économique. Mais ses choix stratégiques récents témoignent d’une volonté affirmée de créer une communauté intégrée, cohérente et résiliente.
Les défis sont nombreux. Harmonisation juridique, coordination institutionnelle, mobilisation des financements, sécurisation des corridors commerciaux. Mais les avancées douanières et la création de la BCID laissent entrevoir un espace économique et politique en gestation, tourné vers une gouvernance souveraine et solidaire.