Au Togo, recharger son compteur prépayé n’est plus synonyme de soulagement. Depuis peu, des clients du système Cash Power se retrouvent avec… zéro kilowattheure, malgré des paiements de plus de 2 000 francs CFA. En cause : une réforme silencieuse mais lourde de conséquences pour les petits budgets.
Une recharge, des frais, mais pas d’électricité
Il est désormais possible de payer 2 320 francs CFA et de ne rien recevoir en retour. Pas une panne technique. Juste une nouvelle règle de la Compagnie énergie électrique du Togo (CEET) : les frais fixes mensuels sont dorénavant prélevés en une seule fois, dès la première recharge du mois.
Jusqu’ici, ces charges étaient étalées sur plusieurs recharges. Le système permettait une certaine souplesse. Aujourd’hui, tout est prélevé d’un coup : 500 F pour l’entretien, 500 F pour la location du compteur, et 1 320 F pour la redevance de puissance. Résultat : le client voit fondre son crédit comme neige au soleil avant même de recevoir le moindre courant.
Cash power : Les petits usagers, les grands perdants
Dans les quartiers populaires, les témoignages se multiplient. « Avant, avec 1000 francs, j’avais au moins quelques unités. Maintenant, je recharge et je n’ai rien », déplore une mère de famille à Agoè. Pour beaucoup, la nouvelle mesure ressemble à une sanction financière déguisée.
Cette réforme frappe de plein fouet ceux qui n’ont pas les moyens de faire de grosses recharges. Les ménages qui vivaient au jour le jour avec l’électricité voient leurs habitudes bouleversées. Difficile d’allumer une ampoule ou de conserver des aliments si l’électricité est absorbée par des frais avant tout usage.
Une réforme opaque et brutale
La CEET affirme vouloir clarifier la grille tarifaire. Mais peu d’informations ont circulé avant la mise en œuvre. Aucune campagne d’explication. Aucun dispositif d’appui pour les foyers modestes. Et surtout, aucun dialogue préalable.
La décision s’ajoute à la récente hausse des prix de l’électricité, décidée par les autorités. Si l’objectif est de redresser les finances de l’entreprise publique, la méthode laisse un goût amer. Sur les réseaux sociaux, la colère monte. Les internautes dénoncent une réforme injuste, qui creuse encore plus l’écart entre les riches et les pauvres.