L’intelligence artificielle (IA) transforme les pratiques journalistiques, mais interroge aussi l’avenir de la liberté éditoriale. C’est l’un des constats majeurs ressortis de la conférence organisée le vendredi 3 mai à Lomé, à l’occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse. L’événement, initié par l’Observatoire Togolais des Médias (OTM) et l’Institut Panos Afrique de l’Ouest, a réuni des journalistes, des acteurs civils et institutionnels.
Les discussions ont tourné autour du thème : « Informer dans un monde complexe : l’impact de l’intelligence artificielle sur la liberté de la presse et des médias ».
Si le rapport 2023 de l’OTM a dressé un état des lieux classique — avec trois sanctions infligées à deux journaux et la suspension d’une émission — c’est surtout la montée en puissance des outils numériques et de l’IA qui a concentré les débats.
L’intelligence artificielle : Une technologie prometteuse… mais à surveiller
Le directeur général de l’Agence nationale de la cybersécurité (Ancy), le commandant Gbota Gwaliba, a sonné l’alarme. Selon lui, l’automatisation croissante dans les rédactions pourrait menacer l’indépendance éditoriale : « Une fois qu’un organe devient totalement dépendant de l’IA, peut-on encore parler de liberté d’opinion ? » s’est-il interrogé. Il appelle les journalistes à ne pas céder à la facilité technologique et à se former pour garder la maîtrise de leurs productions.
Former pour ne pas subir
L’OTM, en collaboration avec l’Institut Panos, insiste également sur la nécessité de renforcer les capacités des journalistes face à ces nouvelles technologies. Car si l’IA peut aider à traiter plus rapidement l’information, elle pose des questions d’éthique, de véracité, et de responsabilité. D’où l’importance d’un usage encadré et réfléchi, qui respecte les principes du journalisme.
Un contexte de liberté fragile
La conférence a aussi servi de cadre pour promouvoir le projet « Promouvoir la liberté d’expression et des médias… », qui court jusqu’en 2025. L’une de ses innovations majeures est la plateforme “M2D”, un outil numérique sécurisé pour signaler les violations des droits humains et de la liberté d’expression. Un exemple concret d’un usage positif de la technologie au service du journalisme.
Les recommandations finales appellent à une meilleure régulation, à plus de formation continue et à un dialogue renforcé entre les journalistes, les institutions et l’État. Car à l’heure où l’intelligence artificielle devient incontournable, préserver l’éthique et l’autonomie de la presse devient un combat prioritaire.