Depuis hier, un colloque international consacré aux savoirs endogènes et à leur contribution dans la lutte contre les changements climatiques se tient à Lomé. Organisé par le Laboratoire de recherche sur la culture, les arts et le développement (LARECADE) de l’IRES-RDEC Cette rencontre scientifique réunit des chercheurs, enseignants-chercheurs et experts venus de plusieurs pays africains, ainsi que des partenaires académiques. Elle prend fin ce mardi 31 mars 2026.
Placée sous le thème « Savoirs endogènes et lutte contre les changements climatiques et environnementaux en Afrique : enjeux pour l’atteinte des ODD », cette rencontre s’inscrit dans une dynamique de réflexion sur les réponses africaines face aux défis environnementaux.
Organisé tous les deux ans, ce colloque vise à interroger les modèles actuels de développement et à mettre en lumière le rôle des savoirs traditionnels dans la construction de solutions durables.
Pour le professeur Kossi Tritrikou Komi, président du comité d’organisation, le choix du thème n’est pas anodin. « Les changements climatiques et environnementaux constituent aujourd’hui un défi majeur, non seulement pour l’Afrique, mais pour le monde entier. Il est donc essentiel de réfléchir à ce qui se fait déjà sur le continent pour y faire face », a-t-il expliqué.
Des réalités vécues dans les communautés
Dans de nombreuses régions africaines, les effets du changement climatique sont déjà visibles et impactent directement les populations. Chaleur excessive, inondations, irrégularité des pluies ou encore sécheresses perturbent les activités agricoles, fragilisent les économies locales et accentuent la vulnérabilité des communautés.
Face à ces réalités, les organisateurs du colloque estiment qu’il est nécessaire de valoriser les réponses locales déjà existantes. « Il s’agit de comprendre le vécu des populations et d’identifier les savoirs et savoir-faire développés au fil du temps pour s’adapter à ces changements », souligne le professeur Komi.
Selon lui, l’avenir de l’Afrique dépendra en grande partie de sa capacité à puiser dans ses propres ressources intellectuelles et culturelles pour construire un modèle de développement autonome et durable.
Des savoirs longtemps marginalisés
Pendant longtemps, les savoirs endogènes ont été relégués au second plan, souvent perçus comme archaïques ou incompatibles avec la modernité. Pourtant, ces connaissances, issues de l’observation des milieux naturels et de l’expérience des communautés, constituent aujourd’hui un levier stratégique pour faire face aux défis contemporains.
Prenant la parole lors de la cérémonie d’ouverture, le ministre Isaac Tchiakpé a insisté sur la nécessité de repenser les modèles de développement. « Face à des défis comme la dégradation de l’environnement, les maladies ou les crises agricoles, il devient urgent de revoir nos approches. Les savoirs traditionnels, longtemps marginalisés, apparaissent aujourd’hui comme des ressources essentielles », a-t-il déclaré.
Il a également rappelé que, bien que l’Afrique contribue peu aux émissions de gaz à effet de serre, elle en subit fortement les conséquences, ce qui renforce l’urgence d’adopter des solutions adaptées aux réalités locales.
Deux jours d’échanges scientifiques
Durant les deux jours de travaux, les participants prennent part à des communications et des exposés portant sur différents axes de recherche. Ces échanges permettent de croiser les approches disciplinaires et de mieux cerner la contribution des savoirs endogènes dans des domaines tels que l’environnement, la santé ou l’agriculture.
Les chercheurs présentent les résultats de leurs travaux, proposent des pistes de réflexion et identifient des solutions concrètes susceptibles d’être intégrées dans les politiques publiques.
Vers des recommandations concrètes
À l’issue du colloque, un bilan des travaux sera dressé et les actes seront publiés sous forme d’ouvrage. Ce document servira de référence pour les décideurs, les chercheurs et les acteurs du développement.
L’objectif est de faire émerger des recommandations opérationnelles permettant d’intégrer les savoirs endogènes dans les stratégies de développement et de lutte contre les changements climatiques.
Un enjeu pour le développement durable
Au-delà des échanges scientifiques, ce colloque met en lumière une conviction forte : le développement durable en Afrique ne pourra être atteint sans une meilleure prise en compte des savoirs locaux.
En valorisant ces connaissances, le continent peut non seulement renforcer sa résilience face aux défis environnementaux, mais aussi construire un modèle de développement plus inclusif, plus autonome et mieux adapté à ses réalités.
Ce colloque international de Lomé s’impose comme un cadre de réflexion stratégique pour repositionner les savoirs endogènes au cœur des solutions face aux changements climatiques en Afrique.
