L’Afrique n’est pas pauvre, elle s’appauvrit par fuite de capitaux. C’est le diagnostic posé par le président du conseil togolais Faure Gnassingbé lors du 3ᵉ Sommet de Luanda sur le financement des infrastructures. Selon lui, le continent dispose de ressources financières internes considérables, mais manque de mécanismes capables de les retenir et de les orienter vers des projets productifs.
Des milliards d’épargne africaine en exil
Devant un parterre de dirigeants africains, de ministres des Finances et de responsables d’institutions financières internationales, Faure Gnassingbé a pointé un paradoxe économique majeur : les fonds africains financent davantage l’économie mondiale que celle du continent.
« Nos ressources se trouvent dans les fonds de pension, les compagnies d’assurance et l’épargne domestique. Mais une grande partie est placée hors d’Afrique, dans des actifs à faible rendement productif », a-t-il dénoncé.
Pendant que des milliards d’euros dorment sur des marchés étrangers, les économies africaines peinent à mobiliser 100 milliards de dollars par an pour combler leur déficit d’infrastructures. Ce déséquilibre structurel prive le continent d’un effet de levier économique majeur et accentue sa dépendance aux financements extérieurs.
Vers une ingénierie financière africaine
Le président togolais appelle à une révolution financière endogène fondée sur l’investissement local et régional. Le Togo, qui a déjà mis en place des dispositifs de co-investissement public-privé et des mécanismes de garantie de crédit, prône la création de véhicules d’investissement régionaux capables d’agréger les capitaux africains et de mutualiser les risques.
« Nos institutions doivent jouer le rôle de catalyseurs : agréger les financements, garantir les projets et instaurer la confiance entre acteurs africains », a insisté Faure Gnassingbé, rappelant que le financement du développement ne peut plus reposer uniquement sur l’aide extérieure.
Des infrastructures comme levier économique
Au-delà des chiffres, le chef de l’État togolais a rappelé que les infrastructures sont le socle de la compétitivité africaine. Un corridor opérationnel réduit les coûts logistiques, un port moderne accélère le commerce, une interconnexion énergétique stimule la production. « C’est ainsi que nos économies enclavées deviennent des plateformes régionales d’échanges », a-t-il souligné.
Le Sommet de Luanda a également permis d’examiner plusieurs projets inscrits dans le Programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA) et le Plan directeur de l’Union africaine pour la connectivité régionale, notamment des corridors numériques et énergétiques destinés à soutenir la mise en œuvre de la ZLECAf.