Les cotonculteurs du Togo ont récemment annoncé la suspension provisoire de toute relation avec la Direction Générale de la Nouvelle Société Cotonnière du Togo (NSCT). Cette décision a été formalisée à travers un mémorandum adressé au ministre de l’Agriculture, Antoine Gbégbéni. Elle fait suite à une série de frustrations accumulées au sein de la filière cotonnière.
Non prise en compte des charges du réseau producteur
En tête de leurs revendications, les cotonculteurs dénoncent l’exclusion du réseau des producteurs dans les charges de fonctionnement de la filière. La Fédération Nationale des Groupements de Producteurs de Coton (FNGPC COOP-CA) affirme supporter seule les coûts liés au renforcement de capacités, à la gouvernance et à la mobilisation des organisations paysannes, contrairement aux pratiques observées dans les pays voisins comme la Côte d’Ivoire ou le Burkina Faso.
Blocage de la rémunération des cotonculteurs
Ils protestent également contre la rémunération insuffisante des organisations de producteurs. Bien qu’une prime de 5 FCFA par kilogramme ait été convenue depuis 2013, la FNGPC COOP-CA avait proposé de l’augmenter à 15 FCFA en raison de l’inflation. Toutefois, la Direction Générale de la NSCT aurait bloqué le processus après une révision conjointe de la convention, mettant à mal les structures paysannes.
Refus de paiement de dettes
Un autre point de tension concerne le non-paiement de créances dues à la FNGPC COOP-CA. Celle-ci accuse la NSCT d’avoir prélevé abusivement plus de 68 millions FCFA sur les primes des campagnes précédentes, en compensation de dettes liées à des semences de soja. Elle dénonce aussi un solde impayé de 187 millions FCFA, lié à une mauvaise affectation du différentiel de prix de la campagne 2020-2021.
Absence de dividendes depuis 2020
Les producteurs se disent également préoccupés par l’absence de dividendes depuis l’entrée du groupe Olam Agri dans l’actionnariat de la NSCT en 2020. Pour eux, cette situation jette le doute sur les capacités de gestion de l’actuel directeur général, Martin Drevon, dont le mandat, pourtant arrivé à terme depuis le 31 décembre 2024, n’a toujours pas été renouvelé.
Manipulation des données de rendement
Ils dénoncent aussi la falsification des données sur les superficies emblavées et les rendements. Selon la FNGPC COOP-CA, la NSCT minore volontairement les superficies cultivées afin de gonfler artificiellement les rendements et ainsi masquer la mauvaise gestion de la campagne. En 2023-2024, les producteurs affirment avoir emblavé 105 000 hectares, tandis que la NSCT n’en aurait retenu que 86 000, avec un rendement officiel faussé de 785 kg/ha contre une réalité estimée à 644 kg/ha.
Refus de révision du mécanisme de fixation du prix d’achat du coton
Le mécanisme de fixation du prix du coton graine, censé être révisé tous les trois ans, n’a pas été actualisé depuis l’échéance de la campagne 2023-2024. La NSCT continuerait d’appliquer des taux anciens, notamment un taux d’égrainage de 41 % au lieu de 42 %, et un prix de vente de la graine fixé à 70 FCFA alors qu’il a grimpé à 150 FCFA. Cette situation entraîne de lourdes pertes pour les producteurs, privés de compléments de prix.
Pour les cotonculteurs togolais, ces nombreux dysfonctionnements compromettent la pérennité de la filière et sapent les efforts de développement agricole du pays. Malgré leur attachement à la filière cotonnière, considérée comme moteur de l’économie nationale et pilier de la Feuille de route gouvernementale 2020-2025, ils estiment ne plus pouvoir travailler dans les conditions actuelles.
Déçus par la gestion du groupe OLAM, les producteurs appellent une nouvelle fois le président de la République à prendre ses responsabilités. Partout dans le pays, ils exigent le départ immédiat du groupe OLAM et de ses dirigeants, dans l’espoir d’une reprise en main efficace de la filière au profit de l’agriculture togolaise.