SUNU Bank Togo traverse actuellement une crise majeure. Pour y faire face, la banque a lancé une restructuration radicale. Elle ferme des agences, supprime des postes et se recapitalise sous forte pression sociale.
En 2017, le groupe SUNU a racheté la Banque Populaire pour l’Épargne et le Crédit (BPEC). Ce rachat devait marquer son entrée réussie dans le secteur bancaire. Huit ans plus tard, le bilan est mitigé. SUNU Bank Togo, première filiale bancaire du groupe, traverse des difficultés financières importantes.
Le 3 février 2025, la direction a annoncé un plan de réorganisation. Ce plan prévoit la fermeture de sept agences et cash-points non rentables, la suppression de postes et une redistribution des effectifs. Le syndicat Synbank rejette ces mesures. Il accuse la banque de mauvaise gestion plutôt que d’un excès de charges.
Justification de SUNU bank Togo
La banque justifie ces décisions par la nécessité de réduire ses coûts. Son coefficient d’exploitation a atteint 110% en 2023, bien au-dessus des standards du secteur qui se situent entre 50% et 60%. Entre 2021 et 2022, les charges fixes représentaient 96% du produit net bancaire, un chiffre trop élevé pour assurer la rentabilité.
Parmi les principaux postes de coûts, la direction cite la masse salariale, les allocations de congés payés, les primes de caisse et les crédits internes trop avantageux pour les employés. Ces dépenses doivent être ajustées pour assurer la survie de la banque.
Un autre facteur a poussé à cette restructuration : la nouvelle règlementation de la Commission bancaire de l’UEMOA. Depuis décembre 2023, le capital social minimum des banques est passé de 10 à 20 milliards FCFA. SUNU Bank a donc lancé une augmentation de capital de 11,16 milliards FCFA en décembre 2024. Cette levée de fonds a été validée par l’Autorité des marchés financiers de l’UMOA (AMF-UMOA).
Malgré ces efforts, la banque peine à se stabiliser. Depuis son acquisition, le groupe SUNU a injecté 14,3 milliards FCFA pour porter le capital social à 20,8 milliards FCFA. Mais en 2019, il a réduit ce capital de 11,4 milliards FCFA pour absorber les pertes, avant de le relever à nouveau à 11,16 milliards FCFA. Cette stratégie a surtout permis au groupe de renforcer son contrôle majoritaire, passant de 65,7% à 71,64% du capital.
Le groupe SUNU tient à ce contrôle. Lors de l’augmentation de capital de décembre 2024, l’offre a été structurée pour limiter l’entrée de nouveaux investisseurs indépendants. Pourtant, un mois après la clôture de la souscription, le niveau réel de participation reste inconnu.
Situation financière précaire
La situation financière est précaire. Au 31 décembre 2023, la banque affichait un résultat net déficitaire de -1,1 milliard FCFA, en baisse de 319%. Son ratio de solvabilité de 12,38% reste au-dessus du seuil réglementaire de 11,5%, mais la marge est faible.
Le dialogue social est dans l’impasse. Le Synbank conteste fermement le plan de licenciement. Il exige un audit indépendant et un avis conforme de la Commission bancaire de l’UEMOA avant toute négociation. Les discussions, ouvertes en octobre 2024, n’ont pas abouti. Le syndicat refuse les états financiers transmis par la direction, les jugeant incomplets.
Face à cette opposition, la direction affirme que le processus de restructuration est « irréversible ». Pourtant, sans un compromis social, l’avenir de SUNU Bank Togo reste très incertain.
