Le rappeur togolais Aamron a été arrêté vendredi matin à Lomé et placé en garde à vue à la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ). Selon des sources proches du dossier, il est poursuivi pour trouble aggravé à l’ordre public, appel au soulèvement populaire et incitation de l’armée à la révolte.
Aamron Un passif déjà lourd
Ce n’est pas la première fois que l’artiste se retrouve face à la justice. En mai dernier, il avait été interpellé pour des vidéos jugées offensantes envers le président Faure Gnassingbé. Sa libération, le 21 juin, était intervenue après des excuses publiques, mais ce compromis fragile n’aura pas résisté longtemps.
Le 30 août, Aamron avait également pris part à une marche symbolique dans son quartier, en réponse à un appel diffusé sur les réseaux sociaux. Une manifestation de quelques minutes seulement, vite dispersée par les forces de l’ordre, mais qui constitue l’un des motifs retenus contre lui aujourd’hui.
Un climat politique tendu
Cette arrestation intervient alors que Marguerite Gnakadé, ancienne ministre des Armées et proche du cercle présidentiel, est toujours gardée à vue à la DCPJ. Son interpellation à domicile par des unités encagoulées avait déjà provoqué de vives réactions dans l’opinion.
L’affaire Aamron illustre une tendance inquiétante : la criminalisation croissante de l’expression artistique et numérique au Togo. De la sphère politique traditionnelle, la répression semble désormais s’étendre aux jeunes figures issues de la culture urbaine, capables de mobiliser une génération connectée.
Pour l’heure, aucune communication officielle n’a été faite sur les suites judiciaires réservées au rappeur. Mais l’accumulation d’arrestations de personnalités publiques ravive le débat sur l’équilibre fragile entre autorité de l’État, contestation citoyenne et respect des libertés fondamentales.