À l’ère du tout-numérique, l’exercice du journalisme ne se limite plus au terrain. Les menaces se déplacent désormais en ligne. C’est dans ce contexte que la Fondation des Médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA), et l’Union des Journalistes Indépendants du Togo (UJIT), a organisé jeudi à Lomé une formation axée sur la sécurité des journalistes, avec un accent particulier sur les défis numériques.
La rencontre, qui a réuni une trentaine de professionnels des médias, s’inscrit dans le cadre du projet « Promouvoir la liberté de la presse et les droits numériques des femmes au Togo ». Elle a bénéficié de l’appui financier de l’Ambassade du Royaume des Pays-Bas au Ghana.
Journalisme à l’ère du cyberespace
Aujourd’hui, les journalistes travaillent avec des smartphones, des ordinateurs portables, des plateformes numériques et les réseaux sociaux. Mais ces outils, indispensables à la production et à la diffusion de l’information, exposent aussi les professionnels des médias à de nouveaux risques : piratage de comptes, surveillance illégale, cyberharcèlement, fuites de données, manipulation d’images ou de contenus.
La première session de l’atelier a ainsi porté sur le panorama des risques en ligne et l’hygiène numérique. Animée par Emmanuel Agbenonwossi, expert en droits numériques, elle a permis aux participants d’identifier les menaces les plus fréquentes dans le cyberespace togolais et sous-régional.
L’expert a insisté sur l’importance d’adopter des réflexes simples mais essentiels : utiliser des mots de passe complexes, activer l’authentification à double facteur, éviter les connexions Wi-Fi non sécurisées et protéger ses appareils par le chiffrement.
Comprendre la loi pour éviter les infractions numériques
Au-delà des menaces techniques, le numérique pose également des défis juridiques. La diffusion d’une information en ligne peut engager la responsabilité pénale du journaliste si elle enfreint les lois relatives à la cybersécurité ou à la protection des données.
La session consacrée à l’éthique et à la loi a permis de décrypter le paysage législatif numérique au Togo. Les échanges ont mis en lumière les risques liés aux publications sur les réseaux sociaux, aux captures d’écran, au partage de contenus sensibles ou encore à la gestion des commentaires en ligne.
L’objectif était clair : permettre aux journalistes de réduire les risques d’infractions dans le cyberespace, tout en continuant à exercer leur mission d’information avec rigueur et professionnalisme.
Sécurité physique et digitale : un duo indissociable
La transformation numérique du journalisme ne supprime pas les dangers sur le terrain. Elle les complète. Lors de la session sur la réduction des risques et les protocoles de sécurité, les intervenants ont souligné que la sécurité digitale et la sécurité physique sont désormais étroitement liées.
Un téléphone mal sécurisé peut exposer des sources confidentielles. Une messagerie piratée peut compromettre une enquête. Un appareil infecté peut permettre la surveillance des déplacements d’un journaliste.
Les participants ont ainsi été formés à mieux préparer leurs missions, à sécuriser leurs communications et à anticiper les situations d’urgence, notamment lors de couvertures sensibles.
Vers une coopération renforcée
L’atelier a également abordé la nécessité d’une meilleure collaboration entre médias et forces de sécurité pour créer un environnement plus sûr. Les discussions ont porté sur les bonnes pratiques en matière d’échange d’informations, de gestion de crise et de prévention de la désinformation.
Dans un contexte où les fausses informations circulent rapidement en ligne, les organisateurs ont rappelé que la maîtrise des outils numériques est essentielle pour préserver la crédibilité de la presse.
Des recommandations concrètes aux journalistes
Au terme de la formation, plusieurs recommandations pratiques ont été formulées : télécharger un gestionnaire de mots de passe, activer un code d’accès fort avec verrouillage automatique court, mettre à jour régulièrement les systèmes et applications, séparer l’usage personnel de l’usage professionnel et éviter les ports de chargement non fiables.
Ces gestes simples peuvent considérablement réduire les risques de piratage et de fuite d’informations.
À travers cette initiative, la MFWA et l’UJIT entendent contribuer à la construction d’un écosystème médiatique plus résilient, capable de faire face aux défis du numérique. Car à l’heure où l’information circule en temps réel et où les attaques se digitalisent, la sécurité des journalistes devient un enjeu central pour la liberté de la presse et la consolidation de la démocratie au Togo.