En Guinée, la gouvernance des ressources naturelles entre dans une nouvelle phase de contrôle et de recentralisation. Le chef de la junte au pouvoir, le général Mamadi Doumbouya, a ordonné le retrait des permis d’exploitation de deux compagnies minières locales, Guiter Mining et Kebo Energy SA.
L’annonce a été faite par décret à la télévision nationale, sans qu’aucune justification ne soit apportée par les autorités.
Cette décision s’inscrit dans une série de mesures plus larges visant à restructurer le secteur minier guinéen.
Jeudi 8 mai, le général Doumbouya avait déjà exigé le retrait de tous les permis appartenant à des compagnies ne respectant pas le code minier, signe d’un durcissement de la régulation.
Dans la foulée, il a aussi demandé à son ministre des Mines, Bouna Sylla, de lui soumettre une proposition d’interdiction de l’exportation d’or brut. Une mesure qui pourrait redessiner les circuits de commercialisation de ce précieux minerai dans le pays.
L’arrière-plan de cette politique est clair : la Guinée veut capter davantage de valeur ajoutée issue de ses ressources naturelles. Le pays, riche en bauxite, en fer, en or et en diamants, reste paradoxalement confronté à une pauvreté persistante.
L’or, dont l’exploitation reste en grande partie aux mains de compagnies étrangères ou de réseaux locaux peu contrôlés, pourrait désormais être raffiné sur place, alors qu’une usine de transformation est en construction.
Mais cette nouvelle stratégie ne va pas sans zones d’ombre. L’absence de transparence autour des retraits de permis alimente les interrogations.
Les mines en Guinée face aux réalités
Les réformes minières se heurtent aussi aux réalités d’un système marqué par la corruption, des infrastructures défaillantes et un environnement juridique parfois flou.
Pour Mamadi Doumbouya, arrivé au pouvoir par un coup d’État en 2021, le secteur minier représente un levier stratégique autant économique que politique.
En reprenant la main sur l’exploitation des ressources, le régime cherche à renforcer sa légitimité interne tout en envoyant un signal de fermeté aux investisseurs.