Au Sénégal l’exploitation minière du groupe français Eramet menace l’environnement et la souveraineté du pays notamment dans la région des Niayes. Le sujet a été évoqué en conférence de presse le 19 avril dernier par des militants panafricains, des experts et acteurs de la société civile. Les autorités sont interpelés sur le sujet.
Le ton était grave ; il ne s’agissait plus seulement d’environnement, mais de souveraineté nationale.
Depuis plus de 10 ans, Grande Côte Opérations (GCO), filiale d’Eramet, exploite le zircon dans la région de Lompoul, dans les Niayes. Ce minerai est stratégique à l’échelle mondiale, mais son extraction a un coût local immense. Les habitants parlent d’un « sacrifice silencieux ».
La zone, autrefois agricole, est désormais méconnaissable. Les terres ne produisent plus. Les nappes phréatiques sont épuisées. Des villages entiers ont été déplacés, sans indemnisation équitable. L’élevage recule. L’économie locale s’effondre.
« Ce n’est plus seulement une crise écologique, c’est une atteinte directe à notre souveraineté », a déclaré un intervenant.
Sénégal : Un communiqué pour briser le silence
À l’issue des débats, un communiqué fort a été adopté. Il appelle à un moratoire immédiat sur les activités de GCO. Il exige une évaluation indépendante des impacts environnementaux, menée par des experts sénégalais et internationaux.
Les signataires réclament aussi des réparations concrètes notamment la Restauration des terres agricoles, Compensation équitable des familles déplacées, Réhabilitation des écosystèmes, Reconstitution des réserves d’eau. Le modèle actuel, jugé extractiviste et colonial, doit changer, selon eux.
Exploitation minière : Une menace pour la démocratie locale
Mais le fond du problème va plus loin. Les populations n’ont pas été consultées. Les décisions sont prises loin des villages affectés. C’est une crise de gouvernance, de transparence, de participation citoyenne.
« Nous avons été dépossédés. Nos terres sont exploitées sans notre consentement. Nos voix ne comptent pas. Ce n’est pas seulement une question de pollution, c’est une question de dignité », a lancé une militante du collectif de Lompoul.
L’alternative existe : agriculture et tourisme durable
Le désert de Lompoul, aujourd’hui en danger, est pourtant un espace plein de promesses. Tourisme responsable, agriculture vivrière, initiatives locales… Des pistes sont possibles.
« Nous ne disons pas non au développement. Mais il faut un développement qui respecte les populations et leurs terres », a plaidé un chercheur.
Les participants veulent un changement de paradigme, une nouvelle manière de penser le progrès
Cette mobilisation n’est que le début. Un front citoyen est en train de naître, dans les villages, dans les universités, dans la société civile. Tous dénoncent une forme de néocolonialisme économique, qui exploite les ressources africaines sans bénéfice pour les populations locales.
La question est désormais posée au pouvoir politique. Le gouvernement sénégalais, qui se dit panafricaniste, va-t-il écouter cet appel ? Va-t-il défendre les droits des siens face aux intérêts étrangers ?