Le Sénégal ne compte pas se reposer sur ses lauriers maritimes. Alors que les plateformes offshore de Sangomar et les navires de production de Grand Tortue Ahmeyim (GTA) tournent à plein régime, une nouvelle frontière s’ouvre : l’onshore. La filiale Exploration & Production du groupe Petrosen a officiellement annoncé le lancement d’une campagne de recherche terrestre d’un montant de 100 millions de dollars, soit environ 55 milliards de francs CFA.
Une ambition de souveraineté technologique
L’enjeu de cette campagne dépasse la simple découverte de barils. Pour la première fois, la compagnie nationale compte se positionner comme l’acteur central, voire exclusif, de cette exploration. Fort des revenus générés en 2025 par le gisement de Sangomar — qui a atteint un record de 36,1 millions de barils — le Sénégal dispose désormais des fonds propres nécessaires pour financer ses propres recherches.
« L’idée est de capitaliser sur notre savoir-faire acquis aux côtés des majors internationales pour devenir un opérateur à part entière sur nos terres », explique une source proche du dossier. Cette stratégie vise à réduire la dépendance vis-à-vis des partenaires étrangers pour les blocs terrestres, où les coûts d’extraction sont généralement moins élevés qu’en haute mer.
Exploration des zones à fort potentiel
Si la géologie du bassin sédimentaire sénégalais est déjà bien documentée en mer, les zones terrestres recèlent encore de nombreux secrets. Les 55 milliards mobilisés serviront principalement à l’acquisition de données sismiques 2D et 3D de haute précision, ainsi qu’au forage de puits d’exploration sur des blocs stratégiques situés le long de la bande côtière et dans l’arrière-pays.
Les experts estiment que la continuité des systèmes pétroliers découverts au large pourrait se retrouver, sous d’autres formes, dans les couches sédimentaires du continent. Si les résultats s’avèrent concluants, cela pourrait transformer l’économie locale des régions concernées, créant des pôles de développement industriel loin des côtes dakaroises.
Un calendrier sous haute surveillance
Le déploiement des équipes techniques sur le terrain est prévu pour le courant de l’année 2026. L’État devra toutefois jongler entre ses ambitions de production et les enjeux environnementaux et sociaux liés à l’exploitation terrestre, souvent plus sensible pour les populations locales que les projets en mer.
Avec ce pari audacieux, le Sénégal confirme son statut de nouveau « hub » énergétique ouest-africain. Le passage de 55 milliards de francs CFA de la théorie à la pratique marquera peut-être le début d’une nouvelle ère : celle où le pétrole ne sera plus seulement une ressource venue du large, mais une richesse puisée directement au cœur du territoire national.